Le traitement d’images … c’est pas si compliqué !

Chers amis (futurs) astro-photographes.

Vous avez suivi mon dernier article  » Mes conseils pour vos acquisitions à la PLA-Mx … mais pas que !  » ? Vous avez fait de belles acquisitions mais vous hésitez sur la manière de traiter au mieux vos films. Alors voici la suite logique de mon précédent article.

Non, croyez-moi, le traitement d’images planétaires n’est pas si compliqué. En revanche, ce qui est fastidieux quand on débute, c’est que l’on tâtonne longuement pour sélectionner les bons outils logiciels et pour trouver « sa » méthode, celle qui donnera les résultats qui s’approchent le plus de ce que vous recherchez. Car, disons-le tout de suite, il n’y a pas de méthode magique ni de recettes, et je vais vous présenter ici « ma » façon de faire. Mais ne la prenez pas au premier niveau, ce n’est certainement pas LA méthode … car il y en a autant que d’astro-photographes !

Avant de rentrer dans les détails de « ma » manière de faire, voici quelques conseils généraux issus de mon expérience personnelle :

  • Entraînez-vous au traitement d’image avant même d’imager ! A mes débuts j’avais trouvé un site qui permet le téléchargement de films planétaires : ASTROCIEL. Il en existe sans doute d’autres, mais celui-ci m’a été d’une très grande utilité. Lorsque vous vous approcherez des résultats montrés sur le site, vous serez prêts !
  • La « jungle » des logiciels : Photoshop, Iris, Avistack, RegiStax, AutoStakkert, WinJupos … lequel choisir ? Chacun d’eux a ses avantages et ses inconvénients. Après les avoir tous essayé, j’ai choisi AutoStakkert! 2 pour sa simplicité d’utilisation et son incroyable efficacité. AS!2 (c’est son petit nom) est développé par Emil KRAAIKAMP et il est gratuit. Malheureusement, AS!2 ne dispose pas des algorithmes d’ondelettes nécessaires au post-traitement, aussi j’utilise RegiStax 6 uniquement pour cette fonctionnalité.
  • Commencez par des cibles « simples » : Jupiter et Saturne. Et ne croyez pas que la Lune soit facile, il n’en est rien … j’y reviendrai dans un prochain article.
  • Les goûts et les couleurs : « Les couleurs de mon image de Jupiter sont-elles les bonnes ? » … là-dessus, aucun imageur ne détient la vérité ! Faites-vous votre propre opinion en regardant beaucoup d’images d’autres imageurs sur internet et notamment dans les forums. Ce qu’il faut éviter, ce sont les couleurs à dominante verte ou magenta. Pour Saturne, évitez les images trop jaunes. Mais surtout, n’oubliez JAMAIS l’observation visuelle à l’oculaire, elle vous donnera la couleur vers laquelle vous devrez tendre. Et traitez vos images sur un écran correctement calibré.

Je reviens sur les logiciels et ce qui m’a conduit au choix d’AS!2 :

Photoshop : empiler des images est possible avec PSP, mais ce n’est pas vraiment sa vocation ! En revanche, c’est un outil idéal pour les retouches cosmétiques (luminosité/contraste, courbes, niveaux, équilibrage des couleurs) et pour faire des animations. Autre défaut de taille, il n’est pas gratuit … loin s’en faut ! Si vous préférez investir dans du matériel astro plutôt que dans un logiciel, vous choisirez alors The GIMP ou Pixlr Editor (retouche d’image directement dans votre navigateur internet).

Iris : j’ai fait mes premiers traitements avec le logiciel gratuit de Christian Buil. Il est d’une puissance extra-ordinaire mais pas vraiment « user friendly ». Personnellement, passer des lignes de commandes à la console, ça me gonfle un peu … on est au 21ème siècle nom di diou ! Je l’utilise quand même en planétaire pour 2 fonctionnalités bien pratiques : les commandes « black » et « white » (cette dernière sur les anneaux de Saturne pour des images couleurs, le black permettant de noircir un fond de ciel trop clair, notamment après une augmentation de luminosité) et le Vancittert pour la Lune (merci au passage à Valère LEROY qui m’a fait découvrir cette fonction).

Avistack 2.0 : bon logiciel gratuit pour le lunaire et le solaire, mais très lent. Je l’ai abandonné pour cette raison.

WinJupos : ce n’est pas un logiciel de traitement d’images à proprement parlé. Par contre, il est destiné aux éphémérides, à la mesure d’images et comporte des fonctions de dérotation d’images (très utile en RVB) extrêmement efficaces. Il est gratuit également.

Abordons maintenant la méthode que j’utilise pour traiter une capture vidéo. Afin d’être le plus pratique possible, je vous invite à la tester par vous-même à partir d’une capture de Jupiter que j’ai fait le 19/11/2011 : téléchargez ma vidéo ici puis dézippez-la afin d’obtenir le fichier « jup07_20111119-222714593.ser ».

Si vous ne disposez pas encore des logiciels principaux, téléchargez-les :

Nous voilà prêts à commencer. Lancez AutoStakkert! 2 :

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Vous le devinez sur l’écran de gauche … il n’y aura que 3 étapes !

1) Open : ouverture du fichier. Cliquez puis localisez et choisissez le fichier « jup07_20111119-222714593.ser ».

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La seule chose à bien vérifier, c’est la coche du bouton radio « Planet (COG) ». A l’inverse, lorsque vous ferez du traitement d’images lunaires, il faudra cocher « Surface ». On peut aussi voir en bas à gauche le nombre d’images de la vidéo (ici 1800).

2) Analyse : cliquez sur le bouton … AS!2 bosse !

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Le Quality Graph montre une courbe verte représentant la qualité des images. Il ne faut prendre que les images au-dessus de 50%, voire moins. Nous allons donc empiler 1000 images sur les 1800. Inscrivez 1000 dans la première colonne rose :

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Pour que le bouton 3) Stack s’active, il faut placer d’abord les points d’alignement (alignment points ou APs). Choisissez une taille de 50 (AP Size) puis cliquez sur « PlaceAPs in Grid » :

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3) Stack : voilà, le bouton est actif. Cliquez dessus pour lancer la création de l’image de référence, l’alignement et l’empilement des images.

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Voilà, c’est fini pour AS!2. Vous trouverez votre image brute traitée dans le dossier AS_f1000 à côté de la vidéo (le fichier se nomme « jup07_20111119-222714593_g3_ap34.tif »). Regardons un peu ce que cela donne :

jup07_20111119-222714593_g3_ap34

Ah … beurk, mais c’est tout flou ?! Et bien oui, c’est une image brute. Il faut maintenant lui appliquer un traitement par ondelettes (wavelets en anglais). Comme je l’expliquais plus haut, AS!2 ne dispose pas de cette fonction. C’est pour cela que nous allons utiliser RegiStax 6 qui fait cela très bien !

Lancez RegiStax 6 :

R6_1

Cliquez sur « Select », localisez puis ouvrez « jup07_20111119-222714593_g3_ap34.tif ». C’est un fichier .tif, n’oubliez donc pas de le préciser dans « Types de fichiers ».

R6_2

R6_3

RegiStax 6 vous amène directement sur la partie « Wavelet ». J’utilise depuis longtemps maintenant la technique des « linked wavelets » (je ne la détaillerai pas ici, mais si vous souhaitez en savoir plus, lisez cet article in english).

Cochez la boîte « Use Linked Wavelets ». Tirez ensuite sur le curseur du Layer 1 pour atteindre la valeur de 60 (vous pouvez ajuster finement la valeur grâce aux touches <- et -> de votre clavier).

C’est magique, les détails commencent à apparaître :

R6_4

Mais l’image reste un peu fade. Utilisez le Sharpen (accentuer en anglais). Cliquez sur la flèche sous le label Sharpen pour accentuer les détails. Attention, restez soft ! Montez à 0.130 pour voir ! Les détails deviennent effectivement plus contrastés mais l’image est plus bruitée. Cliquez sur « View Zoomed » :

R6_5

On voit mieux les grains avec cette fonction de zoom. Utilisons maintenant le Denoise (débruiter en anglais). Comme pour le Sharpen, cliquez sur la flèche sous le label Denoise pour débruiter l’image (fiez-vous à l’image zoomée pour mieux apprécier la force du denoise). Ici, 0.13 semble la bonne valeur.

R6_6

Petite astuce : vous pouvez ajuster finement les valeurs de Denoise et Sharpen en utilisant la combinaison de touches ALT-flèche droite et ALT-flèche gauche lorsque le curseur clignote dans la case (de 0.01 en 0.01).

N’oubliez pas de cliquer sur le bouton « Do All » de temps en temps pour rafraîchir l’écran et avant d’enregistrer l’image avec le bouton « Save image ».

Personnellement, je l’aime bien comme cela ma petite Jupiter. Si vous préférez un traitement plus dur, vous pouvez essayer de ré-augmenter un peu les ondelettes, puis réadapter le Denoise, etc … Mais un conseil : ne poussez pas trop le traitement, vous risquez de détériorer les détails les plus fins. Il est préférable d’avoir des détails un peu flous … que pas de détails du tout !

La suite est cosmétique, je ne détaillerai pas par des copies d’écrans :

  • modification de luminosité/contraste, courbes, niveaux, …
  • correction des imperfections liées au traitement par ondelettes : il arrive que des points blancs apparaissent sur les bords de l’image, il faut les gommer car c’est vraiment très inesthétique.
  • parfois, des « oreilles de lapins » apparaissent sur les satellites de Jupiter. Rien ne vous empêche là aussi de les gommer pour présenter une image plus jolie. Mais attention, cela signifie que votre collimation n’est pas parfaite ;-)
  • si votre image est de bonne qualité, vous pouvez utiliser la fonction « Resize image » pour zoomer à 120%, voire plus (dans cette fonction, je vous conseille d’utiliser plutôt le filtre « Lanczos »). Cette fonction permet aussi de faire une rotation de l’image.

Voila, j’espère vous avoir convaincu de la simplicité générale d’un traitement d’image planétaire et que ces quelques conseils aideront les débutants qui me lisent. N’hésitez pas à me laissez vos impressions et commentaires.

Bien cieux !

Mes conseils pour vos acquisitions à la PLA-Mx … mais pas que !

Bonjour à tous !

Je vous propose aujourd’hui un article destiné aux heureux possesseurs de cette très bonne caméra N&B, afin de vous aider dans les réglages lors de vos acquisitions planétaires mais surtout pour vous délivrer quelques conseils. Certaines d’entre eux peuvent (et doivent) être utilisés par tous car ils dépassent le cadre d’utilisation de la seule PLA-Mx.

En préambule, si vous le souhaitez, vous trouverez des informations techniques sur cette caméra CCD en cliquant sur l’image ci-dessous.

i-Nova-Camera-CCD-PLA-Mx-310Kp

Camera CCD PLA-Mx – Sensor Sony ICX618ALA

Nul besoin d’un ordinateur très puissant pour l’utiliser. Même si aujourd’hui je la connecte sur un ordinateur portable qui dispose d’un processeur Intel Core i7-3630QM @ 2.4 GHz et 16 Go RAM sous Windows 8.1, je l’ai longtemps utilisé avec un portable nettement moins puissant.

Elle n’est pas GigaEthernet ni même USB3, mais USB2 seulement. Cela ne permet donc pas une cadence d’images très élevée, mais d’expérience les 60 images par seconde permises sont suffisants pour la majorité des acquisitions planétaires (Jupiter, Saturne, Mars) et lunaire.

Je ne parlerai pas de l’installation des composants logiciels (pré-requis de bibliothèques, drivers, logiciel PLxCapture) car la documentation livrée avec la caméra est très bien faite.

Il est évident que je ne vais pas vous donner une recette miracle, du genre : « Pour Jupiter, mettre le gain à 322, la durée d’exposition à 25ms, la durée du film à 60 secondes et roule ma poule ! » (la durée d’exposition est la durée de chaque image, à ne pas confondre avec la durée totale du film). Je vois passer régulièrement sur les forums astro, et avec un certain amusement, bon nombre de posts de débutants cherchant « la » recette (idem, voire peut-être plus encore, pour les traitements des images !). Vous pensez bien que si de telles recettes existaient, l’astro-photo serait un jeu d’enfant (et du coup nettement moins excitante). L’affaire est (mal)heureusement plus subtile car liée à de nombreux paramètres :

  • la transparence atmosphérique et la turbulence,
  • le tube optique
  • la cible
  • les filtres
  • l’ordinateur

Les conditions atmosphériques sont primordiales en astro-photo. Vous aurez beau avoir un instrument idéalement collimaté, une très bonne barlow, la meilleure caméra du marché, … si la turbulence est trop importante vous ne ferez rien de bon (voir mon article « Préparer sa soirée/nuit d’imagerie« ). Cependant, j’ai remarqué que certaines nuits humides peuvent toutefois être favorables, à condition d’éviter que la buée n’envahisse les miroirs ou la lame de Schmidt, car l’humidité est un signe d’atmosphère stable. Un bon pare-buée ou une résistance chauffante peuvent vous éviter une nuit gachée !

Le diamètre et la clarté du tube optique sont des facteurs importants. Plus le nombre de photons arrivant au capteur de la caméra sera important, plus vous pourrez diminuer le gain et/ou durée d’exposition tout en conservant un bon framerate (nombre d’images par seconde).

La cible, c’est-à-dire l’objet que vous avez choisi de filmer, est bien sûr plus ou moins lumineux intrinsèquement. Sans parler du Soleil (filtre solaire spécial photo obligatoire ou bien instrument dédié), les autres cibles (Jupiter, Saturne, Mars, Lune, …) ont une luminosité propre et il est évident que les réglages seront différents d’une cible à l’autre.

Les filtres : ils vont avoir tendance à absorber de la lumière et nécessiter d’augmenter les durées d’exposition et/ou le gain. Malgré cela, ils sont indispensables pour améliorer la qualité des images et réduire les effets néfastes de la turbulence (IR cut et filtres rouges). Je ne pratique pas le RGB mais je sais que l’utilisation de filtres parafocaux (comme les Astronomik) est recommandée pour ne pas avoir à peaufiner la MAP pour chaque filtre.

L’ordinateur, sa capacité à « emmagasiner » rapidement le flux d’images qui arrive de la caméra, est tout aussi important. Il vous faudra un disque dur d’accès assez rapide (un SATA à 5400 tr/mn est suffisant, un SATA 7200 tr/mn voire un disque SSD est bien sûr idéal). Si vous disposez d’un ordinateur dont le disque dur n’est pas très rapide, le logiciel PLxCapture dispose d’une fonction très intéressante : la bufferisation SER (elle m’a bien servi par le passé avec mon « vieux » portable asthmatique). Elle permet d’enregistrer en mémoire vive (RAM) le flux rapide des images mais ne les enregistre pas immédiatement sur disque. Cet enregistrement n’a lieu qu’en fin d’acquisition. La contrepartie pour l’utilisation de cette fonction est donc une RAM assez importante.

Enfin un conseil primordial : n’hésitez pas à sous-exposer vos captures. D’une part cela permet d’augmenter le framerate quand cela s’avère nécessaire mais surtout cela évite les mauvaises surprises des zones sur-exposées lors du traitement. Autant il est facile de rehausser la luminosité de zones sombres, autant il est impossible de corriger des zones sur-exposées. Gardez bien cela en tête.

Bon, après ces quelques conseils, passons aux choses sérieuses : comment optimiser les réglages de la caméra pour obtenir un framerate idéal ?

J’en vois certains qui froncent déjà les sourcils, l’air de dire : « Mais c’est quoi un framerate idéal ? »

C’est une très bonne question ! C’est la cadence d’acquisition idéale pour l’objet filmé en tenant compte des conditions définies ci-dessus. Mis à part certaines situations, sachez qu’il n’est nul besoin qu’elle soit la plus élevée possible. Je m’expliquerai plus loin en prenant quelques exemples. Mais d’abord, examinons la fenêtre d’acquisition de PLxCapture et les possibilités qu’elle nous offre :

PLxCapture

Les réglages sur lesquels vous agirez sont :

  • La durée d’exposition (ms) : c’est le nombre de milli-secondes que durera chaque image du film. Plus elle est faible, plus le framerate augmente bien sûr.
  • Le gain : il permet d’augmenter la luminosité de l’objet filmé sans modifier le framerate. Mais attention, plus il est élevé, plus l’image sera bruitée.
  • Le nombre d’images (ou de secondes) du film.

Les acquisitions en fonction des cibles :

  • La Lune : l’objet est si lumineux que le gain sera bas et la durée d’exposition faible (surtout pour les prises au foyer). Le framerate sera donc généralement assez élevé (> 30 fps). Ce sera d’autant plus important lorsque les conditions de turbulence ne sont pas très bonnes, cela permettra de ne garder que les meilleures images (celles captées lors des « trous » de turbulence). A ce propos, un conseil pour la Lune : étant donné que sur 5-10 minutes la modification de l’éclairage des structures lunaires est vraiment négligeable, il ne faut pas hésiter à faire de longues acquisitions (jusqu’à 20.000 images si vous pouvez). En effet, sur les milliers d’images que vous allez récolter, ce serait bien le diable si vous n’aviez pas 300-400 très bonnes images (ou en tout cas qui sortent du lot). Ce sont ces 300-400 images maximum que vous empilerez pour le traitement … mais j’aurai sans doute l’occasion d’en reparler dans un prochain article ;-). Ne croyez pas que la Lune soit un objet facile à imager … bien au contraire !
  • Jupiter : généralement assez facile à imager car brillante. Le seul réel problème viendra de la turbulence. Si elle est bien présente, il vous faudra augmenter le framerate le plus possible (>= 45 fps), donc diminuer la durée d’exposition (15-30 ms à F/D 25). N’augmentez pas trop le gain sous peine d’obtenir une image granuleuse (bruitée) difficile à traiter.
  • Saturne : sujet plus délicat car plus sombre et difficile à bien mettre au point. En plus actuellement et pour encore quelques années, elle reste basse sur l’horizon et donc très affectée par la turbulence. Un ADC (ou correcteur de dispersion atmosphérique) vous aidera pour en limiter les effets. Durée d’exposition souvent assez longue (50 à 75 ms à F/D 25) pour ne pas trop forcer sur le gain.
  • Mars : la planète est difficile à bien imager car généralement petite sur le capteur (sauf au moment des oppositions favorables) mais elle supporte bien les forts grossissements. Utilisez le zoom numérique pour peaufiner la MAP. Par contre elle est assez brillante et une durée d’exposition assez faible est possible (20-30 ms  à F/D 25).

La mise au point (MAP) : c’est, selon moi, le point le plus délicat d’une acquisition. Autant elle peut être simple par conditions favorables et peaufinée en quelques secondes, autant elle est difficile lorsque la turbulence s’en mêle (il m’est arrivé de batailler 5 à 10 minutes !) .
Suivez ce conseil : ne vous acharnez pas à imager si la MAP n’est pas bonne à l’écran. Une image floue ne se corrige pas au traitement, alors ne perdez pas votre temps, sachez renoncer ! Autre conseil : oubliez le masque de Bathinov, cette technique n’est pas assez précise en planétaire.

Deux choses ont changé ma vie concernant la MAP :

  • l’achat d’un crayford démultiplié 10:1
  • et le zoom numérique de PLxCapture
Crayford SkyOptic démultiplié 10:1

Crayford SkyOptic démultiplié 10:1

Une mise au point fine est impossible sans cet accessoire réellement indispensable qu’est le crayford. Il est généralement possible de lui associer un système électrique d’asservissement … personnellement je préfère la précision de mes petits doigts, même par température négative ;-)

Ma technique de mise au point est la suivante :

  • je dégrossis en passant plusieurs fois de part et d’autre du point focal,
  • lorsque que je ne peux plus améliorer, j’utilise la molette fine,
  • lorsque je ne peux plus améliorer, j’utilise le zoom numérique de PLxCapture,
  • la MAP est terminée lorsqu’une toute petite modification ne fait que la dégrader.

En pratique :

  • Sur Jupiter : je fais la MAP sur la finesse des bandes nuageuses et, lorsque la turbulence rend la chose impossible (ce qui d’ailleurs n’est pas de bon augure pour la qualité de l’image finale) je la fais sur les satellites (les rendre les plus ponctuels possible).
  • Sur Saturne : aucun détail de surface, donc seul l’anneau peut guider la MAP et une division de Cassini nette doit être obtenue.
  • Sur Mars : netteté des structures sombres et de la calotte polaire si visible.
  • Sur la Lune : il est très important d’utiliser le zoom numérique (x2) de PLxCapture sur de très fins détails (petits cratères, rainures, bords de cratères, ombres).

Lorsque la MAP est bonne et les réglages optimaux, lancez une première acquisition. Une fois terminée, j’ai pris l’habitude de vérifier mes réglages en lançant un traitement rapide de l’image brute obtenue (AutoStakkert2 puis ondelettes sous RegiStax6). Les outils de traitement sont aujourd’hui si rapides qu’ils sont devenus une aide efficace aux réglages et pas seulement pour obtenir les images finales.

J’ai gardé mon meilleur conseil pour la fin. Pour obtenir la meilleure exposition possible pour Jupiter et Saturne, basez-vous sur l’histogramme logarithmique offert par PLxCapture :

PLxCapture_histogramme

Il doit prendre environ 60% de la plage totale lors de la capture. Privilégiez un framerate plutôt élevé si la turbulence est présente (diminuez la durée d’exposition et augmentez le gain) et un framerate faible (augmentez la durée d’exposition et diminuez le gain) si la turbulence est faible.

Bons cieux et à bientôt !

Eric

Préparer sa soirée/nuit d’imagerie

Une sortie astro, que ce soit pour faire des observations visuelles et a fortiori pour faire de l’imagerie planétaire … ça ne s’improvise pas !

Tout commence, bien évidemment, par l’étude de la météo. De nombreux sites spécialisés existent et vous trouverez sur ma liste de liens ceux que j’utilise le plus souvent. Le ciel doit être dégagé de tout nuage tout le temps que vous avez prévu pour la sortie (Monsieur de La Palice n’aurait pas mieux dit, pas besoin d’un article pour cela !). Mais attention, je vous alerte tout de suite : ne pensez surtout pas que ciel clair soit forcément synonyme de bonnes conditions ! Il faut en effet que l’atmosphère soit stable. La turbulence atmosphérique (qui a pour effet de disperser la lumière de façon fluctuante et aléatoire) est l’ennemi juré de l’astro-photographe planétaire. Donc, à moins de pouvoir vous offrir des heures d’observations au télescope spatial HUBBLE ou l’optique adaptative du VLT, vous serez toujours limité par les caprices d’Eole.

Christophe PELLIER a récemment bien résumé dans cet article sur son blog les situations propices à un bon seeing.

Des sites comme Meteoblue et SkippySky peuvent vous aider à prévoir les choses: ils ont des estimations assez bonnes du seeing. Prenons par exemple Meteoblue : après avoir choisi votre ville, cliquez sur « Air » puis « Astronomical seeing »

La plage encadrée de rouge est une plage quasi parfaite

La plage encadrée de rouge est une plage quasi parfaite

Comme on le voit ci-dessus, la plage 19h – 23h est très favorable : aucune couverture nuageuse (0 – 0 – 0 sur fond bleu), un seeing index entre 4 et 5 (fond vert) et un jet-stream aux alentours de 15 m/s (fond vert). Personnellement, quand je vois de telles conditions quelques heures avant, je sors le matériel pour sa mise en température !!!

Il faut aussi savoir « sentir » les conditions. Le moment venu, sortez sous le ciel étoilé et regardez attentivement les étoiles. Plus la turbulence atmosphérique est importante, plus elles scintillent. Regardez les étoiles à une hauteur de 45° environ : si elles ne scintillent pas trop, c’est bon signe !

Préparer sa soirée, c’est aussi décider de sa (ses) cible(s).

  • Quelles seront les planètes visibles ?
  • À quelle hauteur seront-elles ?
  • À quelle heure aura lieu leur passage au méridien sud (où elles seront au plus haut dans le ciel) ?
  • Pour Jupiter, verrai-je la Grande Tache Rouge, Oval BA, … ?
  • Pour les planètes avec des satellites (Jupiter, mais aussi Saturne voire Uranus), quelle sera la configuration de ceux-ci ? Si vous décidez de réaliser une animation de rotation jovienne, elle n’en sera que plus intéressante si la GTR est visible et/ou que l’ombre d’un ou plusieurs satellites se déplace sur le globe.
  • Pour la Lune, quelles seront les structures visibles près du terminateur ?

Afin de vous aider à répondre à toutes ces questions, des outils doivent être utilisés :

Pour la position générale des objets sur le ciel, j’utilise le superbe logiciel nommé Stellarium.

Stellarium : position de Jupiter depuis Paris le 26/01/2014 à 22:23 HL

Stellarium : position de Jupiter depuis Paris le 26/01/2014 à 22:23 HL

Pour la position des satellites de Jupiter, vous cliquez sur Jupiter et vous pouvez zoomer :

Stellarium : position des satellites galiléens le 26/01/2014 à 22:23 HL

Stellarium : position des satellites galiléens le 26/01/2014 à 22:23 HL

La visualisation du passage des ombres des satellites de Jupiter est également possible sur Stellarium. Cependant, je préfère pour cela utiliser le logiciel Coelix (ou le logiciel Jupiter 2). En effet, la visualisation de la position exacte de la GTR sur Stellarium est très difficile à paramétrer correctement alors qu’elle est plus simple sous Coelix.

Sous Stellarium, faites attention à bien cocher « Simuler la vitesse de la lumière » (dans « Affichages ») sinon la visualisation de la position des satellites sera en retard de 43 mn (temps moyen que met la lumière pour parcourir la distance Jupiter – Terre !)

Exemple sous Coelix : le triple passage d’ombres du 12/10/2013 (événement rare que je n’ai malheureusement pu immortaliser à cause des nuages)

Evénement rare : un triple passage d'ombres (Io, Europe et Callisto) le 12/10/2013 à 05:00 TU

Evénement rare : un triple passage d’ombres (Io, Europe et Callisto) le 12/10/2013 à 05:00 TU

Exemple sous Atlas Virtuel de la Lune :

Le logiciel Atlas Virtuel de la Lune, outil indispensable pour préparer ses soirées lunaires

Le logiciel Atlas Virtuel de la Lune, outil indispensable pour préparer ses soirées lunaires

Enfin, préparer sa soirée, c’est bien évidemment préparer soigneusement tout son matériel :

  • Sortir le télescope au moins une heure (voire plus avec les gros diamètres fermés) avant la séance
  • Faire une bonne mise en station
  • Vérifier la collimation et la retoucher si nécessaire (liens)

Bon cieux !

Eric